LILLE: Une manifestation de soutien au peuple du Rif devant le consulat du Maroc

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Après un premier essai ce jeudi par des Nordistes originaires du Maroc, un nouveau rassemblement solidaire avec la population du Rif est annoncé pour samedi, 18 h, Grand-Place à Lille.

Au Maroc, le bras-de-fer pacifique avec le pouvoir central de Rabat s’intensifie dangereusement : manifestations, revendications socio-économiques contre arrestations des leaders du mouvement.

Une petite centaine de personnes a manifesté, ce jeudi midi à Lille devant le consulat du Maroc, pour soutenir la lutte de la population du Rif, une région tamazigh (berbère) montagneuse au bord de la Méditerranée au nord du pays. La province est historiquement déshéritée, oubliée, considérée rebelle et parfois réprimée par le pouvoir central de Rabat (par les Français et les Espagnols aussi entre 1919 et 1926).

Le mouvement de protestation monte en puissance depuis six mois après la mort d’un pêcheur de 31 ans, Mouhcine Chikri, broyé accidentellement par une benne à ordures dans laquelle on avait jeté ses 500 kg d’espadons pêchés illégalement. Les Rifains d’Al Hoceïma et des environs protestent tous les soirs par milliers (jusqu’à plus de 100 000 récemment dans une ville de 55 000 habitants !) pour des revendications essentiellement économiques et sociales, la nécessité d’un hôpital, d’une université et de routes pour désenclaver la région en mal d’investisseurs…

Après le passage de sept ministres pour tenter d’apaiser la situation, le pouvoir se raidit en expédiant des masses de policiers et de militaires. Soixante-dix activistes sont en prison, dont leur leader Nasser Zefzafi depuis lundi. Le bras-de-fer est engagé. Une grève générale de trois jours est en cours.

L’immigration marocaine dans le nord de la France est en majorité originaire du Rif

Une grande majorité de l’immigration marocaine dans le nord de la France (mais aussi en Belgique et aux Pays-Bas) est originaire du Rif et tient à apporter son soutien. «  Depuis des années, le gouvernement promet mais rien ne change et maintenant, il fait débarquer des forces phénoménales  », assure Mohamed El Assati de Villeneuve-d’Ascq dont la famille rifaine sort manifester, le soir, après la rupture du jeûne du ramadan. «  Mais il y a trois jours à Bni Bouayach, la police a empêché les gens de s’exprimer en bloquant l’accès à une grande place.  » «  Le Maroc a 80 % des réserves mondiales de phosphate, des mines d’or mais où va cet argent ? On se demande », râle Najib Ouja dont le grand-père avait émigré aux Pays-Bas.

Devant un consulat lillois sans réaction, les manifestants, comme la diaspora rifaine dans toute l’Europe, réclament la libération des prisonniers qualifiés de «  politique  ». «  Cette situation très difficile n’est pas liée à l’attitude d’un peuple mais à celle d’un État, estime Jamal El Khattabi, enseignant-chercheur en génie civil à l’université de Lille I qui vient de passer un mois dans le Rif. Dans l’urgence, on réclame la libération des prisonniers. Ensuite, on veut que le pouvoir réponde aux revendications. Demander un hôpital, est-ce que c’est de la politique ? Faire 600 km (pour la capitale Rabat) pour se faire soigner, est-ce de la politique ?  » Pendant ce temps, les slogans en arabe ou en tamazigh dénoncent la répression policière, la mafia et le système qui tient le pays.

«  La famille, les cousins, comme tous les Rifains n’arrivent plus à dormir, de peur d’être arrêtés par la police  », s’inquiète Ahmed Eljadarti, coordinateur du comité lillois de soutien au mouvement populaire du Rif. Il craint des représailles et appelle donc un nouveau rassemblement, en soutien à la population du Rif, ce samedi à 3 juin à 18 heures, Grand-Place à Lille. Contre la hogra et la fitna, le mépris et la division.

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