Amiante à l’école, le chantier oublié de la réforme?

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30.000 classes en préfabriqué potentiellement contaminées
A la fois en milieu rural et urbain, mais sans pour autant inquiéter!
Une association s’attaque au désamiantage d’établissements, mais se heurte à la bureaucratie.

V-M.inddRespectivement, les photos d’une classe de cours contaminée, de la «cuisine», dont l’air est également contaminé par les fibres d’amiante, du «réfectoire» et des «toilettes», du groupe scolaire Deroua-Nouaceur. Ces photos datent de plus d’un an.

 

De l’amiante dans les écoles! Oui, les fibres de ce produit minéral hautement cancérigène circulent encore dans l’air de nombreuses écoles au Maroc. L’amiante ne fait plus la Une des journaux comme ce fut le cas vers la fin des années 90, mais cela n’en fait pas moins une substance dangereuse qui continue de menacer la santé des écoliers.
Le produit, dont les effets sur la santé n’apparaissent qu’au bout de 20 à 40 ans, n’est plus utilisé dans les nouvelles constructions, certes. Mais il demeure dans les anciennes. «Le recours à l’amiante est aujourd’hui interdit au Maroc, mais le produit est toujours présent dans les anciens établissements. Il n’y a cependant pas de procédure spéciale pour leur remplacement, comme ce fut le cas en Allemagne ou en France, où des facultés ont été démolies et reconstruites car contaminées», relève Abdelouahed Mountassir, président du Conseil national de l’Ordre des architectes.
L’amiante est surtout incorporée au préfabriqué, qui est utilisé le plus souvent dans les écoles dites «satellites» montées dans les régions rurales. Ces unités sont au nombre de 13.000. Elles représentent plus de la moitié des établissements scolaires publics au Maroc (les écoles en dur sont estimées à 10.364). Les articles de L’Economiste au milieu des années 90 ont contribué largement au processus de conscientisation autour de l’amiante. Processus qui a abouti aux premières réglementations pour limiter le risque (cf.www.leconomiste.com).
Le préfabriqué demeure aussi courant en milieu urbain. Pour faire face au boom démographique dans les grandes villes, certaines Académies régionales d’éducation et de formation (Aref) ont dû y recourir, car rapide à mettre en place, et surtout pas cher. Au total, entre le milieu rural et urbain, il existe près de 30.000 classes en préfabriqué au Maroc. Selon le ministère de l’Education nationale, ces salles n’accueillent pas d’élèves dans les villes. Elles sont le plus souvent affectées à l’administration ou à d’autres usages. Ce qui n’enlève rien à leur dangerosité…
Pourtant, il existe bel et bien des classes en préfabriqué utilisées comme salles de cours dans les villes. C’est le cas d’une école de la commune urbaine de Deroua (groupe scolaire Deroua-Nouaceur), dans la province de Berrechid. «L’école construite par des Américains en 1948 compte plus de 1.400 élèves. Ses classes ne correspondent pas aux normes de qualité et ses six toilettes insalubres n’ont pas de porte. La toiture de deux de ses classes ainsi que celle du réfectoire où se restaurent les écoliers sont contaminées à l’amiante»,

V-M.inddIl existe près de 23.364 établissements scolaires publics au Maroc. Entre 2009 et 2014, quelque 15.343 ont été réhabilités. Le préfabriqué ne rentre pas dans cette opération, puisqu’il est censé être remplacé. Par ailleurs, 7.730 écoles ont été mises en maintenance préventive et 224 internats ont bénéficié d’une remise à niveau.

témoigne Kawtar El Hyani, président de Zaynoo. Cette association, qui œuvre pour l’égalité des chances des jeunes, a découvert la contamination des lieux (confirmée par le Laboratoire européen d’analyses environnementales) en préparant un projet de réhabilitation de l’école. «La quantité de fibres par litre d’air trouvée est supérieure à la valeur limite de 5f/l. Cela devrait entraîner la fermeture immédiate des lieux. Mais personne ne semble mesurer la gravité de la chose», regrette El Hyani.
L’association a donc décidé de désamianter l’établissement, en partenariat avec une société française spécialisée (Safair) qui offre gracieusement son service. L’opération consiste en la décontamination des salles et la pose de «panneaux en sandwich» afin d’isoler le produit. Le coût tourne autour de 29.400 euros.  Zaynoo se heurte, cela dit, depuis juin 2014 à des blocages administratifs qui empêchent l’aboutissement du projet, même si elle a reçu l’accord de l’Education nationale. Après 8 mois de tergiversations, la municipalité exige une preuve démontrant qu’aucun changement dans le plan de l’école ne sera opéré. L’association, active dans plusieurs domaines (formation, culture, coaching des jeunes, sport,…), a donc dû faire appel à un bureau d’études pour l’accompagner. En attendant, les élèves continuent d’être exposés aux fibres d’amiante.
Le ministère dit disposer d’un programme de remplacement du préfabriqué par des constructions en dur. Quel en est l’état d’avancement? Qu’advient-il des unités contaminées? Nos questions sont restées sans réponse. En l’absence du directeur en charge de ce dossier au ministère, «en mission à l’étranger», la tutelle a préféré ne pas faire de commentaire sur ce sujet «sensible»…
Pour l’instant, le dossier ne semble pas inquiéter. L’amiante et le danger qu’elle représente restent aussi largement ignorés par le public.

Les dangers

LE cancer des poumons, celui de la plèvre (membrane entourant les poumons), appelé mésothéliome, et l’asbestose (s’attaquant aux alvéoles des poumons), ce sont les principaux types de cancer provoqués par les fibres d’amiante. Ces particules, jusqu’à 500 fois plus fines qu’un cheveu, une fois inhalées, se déposent au fond des poumons et sont susceptibles de migrer dans l’organisme. Elles peuvent ainsi engendrer une transformation cancéreuse des cellules, même à faibles doses. La maladie ne se déclare que 20 à 40 ans après. L’amiante est surtout utilisée pour ses propriétés isolantes et sa capacité à rendre les produits combustibles ininflammables. Deux types (tous deux cancérogènes) sont d’usage dans l’industrie, le chrysolite et le groupe des amphiboles.

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