Benchemass : « Assez d’hypocrisie sur le cannabis »

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Le kif a fait son entrée à l’hémicycle. Les députés, loin d’échanger un quelconque calumet de la paix, ont débattu sereinement de l’opportunité de réglementer la culture du cannabis. Une initiative du PAM.

C’est une grande première. Le parlement abrite, ce mercredi matin, un débat sur «les usages positifs du cannabis et leur rôle dans la création d’une économie alternative». Organisée à l’initiative des deux groupes PAM (Parti authenticité et modernité) au sein de la chambre des représentants et des conseillers ainsi que du collectif marocain pour l’usage médical et industriel du kif, la rencontre a fait salle comble.

Des journalistes marocains et étrangers ont répondu présent ainsi qu’une bonne partie de « l’aile gauche du PAM »: Milouda Hazib, Mehdi Bensaïd, Abdellatif El Ouahbi, Hakim Benchemass, Khadija Rouissi etc. Le militant associatif Chakib El Khiyari, grand défenseur de la légalisation et qui avait été à l’initiative d’une proposition de loi est également là. Des parlementaires MP et Istiqlaliens sont aussi dans la salle. Fait marquant, même des députés PJD ont marqué un passage.

Briser le tabou
Dans ce débat, le PAM se positionne clairement en briseur de tabou, un mot revenu souvent dans la bouche de ses députés « Nous voulons créer une économie alternative pour plus d’un millions de Marocains qui ne vivent que de cela». «Il faut dépasser l’hypocrisie sociale sur ce sujet», lance Hakim Benchemass, chef du groupe PAM à la deuxième chambre.

Et de détailler ce que devrait contenir une proposition de loi si elle devait voir le jour: déterminer les surfaces cultivées, surtout les terres où il s’est avéré difficile de remplacer le kif par des cultures alternatives, puis créer une institution publique (agence ou autre) pour la culture et la commercialisation de ce produit. «On pourrait même envisager que cette institution achète la production des cultivateurs», propose Benchemass qui rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, le Maroc était doté d’une régie des tabacs et du kif.

Légaliser, c’est vaicre le trafic
Mais que va gagner le Maroc s’il décide de légaliser cette plante? Pour Chakib El Khiyari, il s’agit surtout de freiner le trafic de drogue, qui renforce les narcotrafiquants et affaiblit les cultivateurs. «Les gens pensent que les cultivateurs sont seulement dérangés de temps en temps par les forces de l’ordre, or c’est bien plus compliqué », explique El Khiyari qui raconte comment les narcotrafiquants obligent parfois les fellahs du rif à planter du cannabis. Le militant alerte aussi sur les risques terroristes, liés au trafic d’armes auquel s’adonnent accessoirement ces réseaux.

L’autre bénéfice à tirer de cette culture est l’usage industriel (cosmétiques, textile) ou encore médicinal. Les organisateurs du débat ont invité un expert suisse, le neurologue Claude Vaney. Ce médecin a mené des recherches sur la sclérose en plaque, une maladie incurable, qu’il apaise avec le THC, le principe actif qui se trouve dans le Cannabis. Le professeur a démontré les vertus antispasmodiques d’un traitement à base de THC qu’il administre par dosettes.

On comprend mieux l’intérêt d’une réglementation du cannabis, mais cette journée d’étude demeure juste un premier pas qui a le mérite d’ouvrir le débat. Va-t-on pouvoir organiser la filière? Les autres formations politiques, le PJD et l’Istiqlal en premier, vont-elles se laisser convaincre?

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