Sauvetage des migrants des eaux du détroit

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Depuis quelques temps, les gendarmes marocains en service dans le détroit de Gibraltar ne cessent de sauver des eaux de nombreux migrants clandestins. La chose est si médiatisée que l’on pourrait croire qu’il s’agit d’un comportement nouveau. Mais un migrant habitué des tentatives de traversée sur le détroit révèle que c’est une action courante. Cependant après avoir été secourus, ces migrants sont souvent victimes de fortes violences, pouvant parfois entrainer la mort.

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Les gendarmes marocains en service dans le détroit de Gibraltar ont sauvé la vie à dix migrants ce lundi vers 9 heures du matin, rapporte l’agence de presse EFE. Tous subsahariens, ces migrants tentaient de rejoindre la côté européenne à bord d’un petit bateau. En difficulté en pleine mer, ils auraient émis un appel au secours auquel la police marocaine a très vite réagi. Ils ont été transférés vers le port de Tanger « apparemment en bonne santé », précise la même source.

Deux jours auparavant, la gendarmerie chérifienne, en collaboration avec les secours maritimes espagnols, avait tendu la main à plus de 60 migrants subsahariens. le 22 avril dernier, les deux entités ont également sauvé 94 migrants, dont une certains avaient directement été conduits au port de Tarifa. Depuis peu donc, les sauvetages de migrants se multiplient et sont de plus en plus médiatisés. Ce qui pourrait un peu redorer l’image de la police aux frontières, après toutes les dénonciations récentes des violences infligées aux migrants.

Bastonnés après leur sortie de l’eau ?

Mais à en croire le secrétaire général de l’association Alecma, Pascal Mpélé, il n’y a rien d’extraordinaire. « Ils ont l’habitude de nous sauver », dit-il à Yabiladi. Les migrants vivraient cependant tout autre chose une fois hors de l’eau. « Certains policiers nous tabassent au bord de la mer, raconte le monsieur. Ils prennent tout notre argent, nos portables et brûlent certaines de nos affaires ».

« Ils sont en train de nous détruire. Ils ont trop tué les gens », s’alarme-t-il. « Allez dans les hôpitaux à Rabat et Nador et vous verrez de vous-même », dit-il, alors qu’il est lui-même dans un hôpital casablancais actuellement. Il s’est retrouvé avec le « cou et le pied cassés » après sa dernière tentative de traversée. « Nous ne savions pas que le Maroc pouvait se comporter ainsi, regrette M. Mpélé. Les Marocains sont dans nos pays. Ils travaillent et construisent des maisons. Ici nous n’avons pas de travail. Nous ne pouvons avoir de carte de séjour parce qu’on nous demande de faire un casier judiciaire au Maroc et dans notre pays [d’origine, ndlr]. Mais avec quel argent allons-nous voyager ? », s’interroge-t-il, soulignant qu’en réalité, ils sont tous de passage au royaume, mais la plupart reste à cause des circonstances.

« Nous sommes tous malades. Les gens sont couchés dans les maisons et les hôpitaux. Pourtant, nous vivions paisiblement auparavant », se souvient ce migrant. Pour lui, la police a changé de comportement vis-à-vis des migrants clandestins et particulièrement subsahariens depuis fin 2011. En effet, dans son dernier rapport paru en mars dernier, l’ONG Médecins sans frontières MSF dénonce la recrudescence des violences à l’encontre des migrants clandestins, révélant qu’en 2012 seulement, « 191 incidents ont été enregistrés et plus de 6 000 personnes ont été expulsées ». « Nous aimons pourtant tous le Maroc. On ne comprend rien », affirme cet homme qui a quitté son pays, à la recherche d’une vie meilleure.

L’immigration clandestine pose un sérieux problème des deux côtés de la rive méditerranéenne. En s’engageant à combattre ce phénomène en 2006, le Maroc est parfois allé trop loin dans le traitement des migrants clandestins. Et les les associations de défense des droits de l’homme n’ont pas cessé de le dénoncer depuis plusieurs années. Le ministère marocain de l’Intérieur, qui a totalement nié le rapport de MSF, pourrait de nouveau devoir répondre de ses actes concernant la violation des droits de 42 réfugiés subsahariens en 2006, suite à une plainte de la Commission espagnole d’aide aux réfugiés.

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