Saïdia : Visite du chantier des Jardins de Moulouya d’Urbatlas

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2013 sera-t-elle l’année de la fin du cauchemar que vivent des milliers de familles lésées qui n’ont toujours pas vu la couleur de leur appartement dans le projet immobilier d’Urbatlas ? Alors que le promoteur prévoit de livrer tous les appartements restants pour fin 2013, début 2014, il a invité plusieurs journalistes marocains à visiter le chantier des Jardins de Moulouya à Saïdia pour s’enquérir de l’avancement des travaux. Une grande première. Suivant ce dossier depuis plusieurs mois, Yabiladi était également invité à la visite. Reportage.

Jeudi 3 janvier dernier, le promoteur immobilier Urbatlas filiale de GFM détenu à 50% par Addoha et 50% par Fadesa Martinsa a invité 5 journalistes de 5 médias marocains à visiter le chantier des Jardins de Moulouya à Saïdia : Yabiladi, le Soir Echos, le correspondant de l’Economiste à Oujda, Akhbar Alyaoum et Al Ittihad Al Ichtiraki. Une visite avec la participation de la chargée de communication du groupe Addoha, Fadoua Ghannem, également présente tout au long de la visite. Cependant, la grande absente était Acia. « C’est très positif d’inviter la presse marocaine à visiter le chantier mais j’aurais aimé qu’Acia soit conviée aussi pour qu’on puisse également interpeller les journalistes sur les problèmes qu’on aurait aimé soulever », déplore Mohammed El Halfa porte-parole d’Acia. Lui, s’est rendu une fois de plus sur le chantier samedi dernier pour s’enquérir de l’avancée des travaux.

3 ou 8 ans de retard !

Lorsqu’on se rend pour la première fois sur le chantier des Jardins de Moulouya, comme cela a été mon cas, on comprend très vite pourquoi des milliers de familles, dont une grande majorité de MRE, ont tenu à acheter un appartement dans ce projet. Situé à une dizaine de minutes en voiture de la mer, l’endroit est paisible et la vue donne sur des collines et des forêts à perte de vue. Un très beau cadre de vie dans lequel mosquée, poste de police, écoles, magasins et un centre culturel sont prévus dans le projet. Menée par Fatima-Zahra Lahlou, représentante de la direction d’Urbatlas, la visite commence par un rappel du projet autour de la maquette du complexe. Le projet compte au total 3062 logements dont une partie sont des appartements sociaux à 200 000 dirhams. Tous les appartements ont été vendus.

A ce jour, 1016 appartements ont déjà été livrés. Les clients ont pris possession de leur bien. Le reste, soit un tiers, ne l’est toujours pas à cause des retards des travaux. « Le tout premier contrat a été signé en septembre 2005. Les gens qui ont acheté à cette date ont été livrés depuis belle lurette. Parmi les 2000 qui n’ont pas été livrés, la première acquisition remonte à mai 2006. Donc il n’y a pas huit ans de retard comme on a pu le lire ici et là dans la presse. Dans le compromis de vente, il est écrit clairement que la livraison est prévue 24 mois à partir de la date d’obtention du permis de construire. Or on a obtenu le permis de construire qu’en 2011. », explique Fatima-Zahra Lahlou, qui elle, estime que les travaux n’ont rencontré que 3-4 ans de retard. « Parmi les clients représentés par Acia, nous avons quelques personnes qui ont signé un compromis de vente en 2006, versé un acompte et qui n’ont toujours pas été livrés, cela fait bien 7-8 ans de retard », renchérit Mohammed El Halfa.

Crise mondiale, Plan Azur, faillite de Fadesa

« Ce retard n’est pas dû à notre passivité. Le retard a commencé lorsqu’Addoha a racheté les 50% de Fadesa, fin 2007.  », reprend Fatima-Zahra Lahlou. Lors de ce rachat, elle explique que le groupe a décidé de canaliser son énergie et son argent sur un seul et même projet : la station balnéaire de Saïdia au détriment de celui des Jardins Moulouya et de deux autres projets. « On a préféré prioriser le premier plan Azur marocain, on ne pouvait pas le rater. L’image du Maroc en dépendait. Une équipe de Sa Majesté était sur place pour suivre jour après jour l’avancée du projet. C’étaient 714 hectares, rien à voir avec 3000 logements.», explique-t-elle. Mais durant l’été 2008 et en pleine crise mondiale, Fadesa est en faillite. Les investisseurs engagés dans la station se retirent. Le groupe est obligé coûte que coûte de trouver d’autres acheteurs. « On s’est retrouvé à faire un travail qui n’était pas le nôtre ! », lâche Fatima-Zahra Lahlou. Face à ses obligations de livrer ses clients des Jardins Moulouya, le groupe décide de prioriser les appartements qui sont les plus avancés au détriment de ceux qui ne sont pas encore construits ou peu construits. Ainsi les appartements terminés sont livrés à leurs acheteurs qui versent le reste du prix dû, de l’argent réinvesti pour avancer dans les travaux des autres appartements.

Victimes de hogra

Néanmoins, pour un acheteur MRE lambda, père de famille, travaillant dur toute l’année pour payer ses factures en France, l’éducation de ses enfants et financer son petit pied à terre de rêve au bord de la Méditerranée, lui n’en a que faire de la crise, des priorités du plan Azur ou qu’Addoha rachète 50% de Fadesa Maroc. Il a versé un acompte de 30%. Certains MRE ont versé la totalité du prix de l’appartement Ce qu’ils demandent est d’être livré. Car au final, qu’il y ait 3, 4, 7 ou 8 ans de retard, notre acheteur MRE reste le premier à être lésé dans cette affaire. Bon nombre de ses clients MRE se sentent également victimes de hogra et pas traités comme des Marocains à part entière. « C’est vrai que ce n’est pas le problème des clients mais nous reconnaissons notre retard et on va le payer à travers des indemnisations. Ce que j’ai envie de leur dire aux clients, c’est regardez autour de vous, c’est la crise partout ! Il n’y aucune société immobilière qui a tenu ses engagements. Beaucoup sont à l’arrêt. Nous, on a la chance d’être encore là !», estime-t-elle. La discussion est soudainement interrompue par la visite « hasardeuse » du Caïd tiré à quatre épingles, portant un costume crave bleu marine, venu nous saluer, à qui la directrice demande s’il est satisfait du projet. « Ah oui, bien sûr que le projet me plait ! » lance-t-il avec un grand sourire jusqu’aux oreilles en nous serrant la main avant de repartir.

Un appartement vendu en 2007…toujours sous terre !

Puis direction sur le chantier où le directeur technique Mounir Mellouk nous attend. Tous les ouvriers rencontrés sur notre passage s’activent à la tâche. L’un creuse le sol avec sa pelle, un autre travaille la façade d’un immeuble, un autre bèche un minuscule petit carré de gazon. « Nous avons aujourd’hui 851 ouvriers qui travaillent sur le chantier. Hier il y en avait 854 !» nous précise-t-il. J’essaie tant bien que mal de les compter. « 851 ouvriers, ça me parait beaucoup quand même ! » lui demandai-je. « C’est parce qu’ils travaillent à l’intérieur des bâtiments, vous ne pouvez pas tous les voir ! », me répond-il. En plus des ouvriers, des femmes de ménages s’activent à nettoyer les pavés de l’entrée d’un bloc d’immeuble achevé.

Certains appartements qu’on nous fait fièrement visiter font partie des 274 qui viennent d’être achevés, fin décembre dernier. Fatima Zahra Lahlou nous fait savoir qu’un courrier a été envoyé aux clients concernés pour les avertir qu’ils étaient achevés et qu’ils avaient reçu les titres fonciers il y a deux semaines. Des logements sociaux simples, lumineux, aérés et confortables à première vue. Mais Mohammed El Halfa veille au grain. En plus d’être déçu et frustré que le groupe n’est livré en l’espace d’un an que 274 logements alors qu’il avait promis, lors d’un précédent calendrier de livraison d’en livrer 504, il explique qu’un expert sera également nommé pour vérifier la qualité des appartements et s’assurer qu’il n’y ait aucun vice de forme.

Je demande ensuite à ce qu’on m’emmène devant les blocs des deux appartements appartenant, l’un à Mohammed El Halfa et l’autre à l’un de ses amis. Sans rechigner, l’équipe d’Urbatlas m’y emmène sur le champs. Et là c’est la surprise. Alors que l’un des deux bâtiments, dans lequel se trouve le logement de Mohamed El Halfa, est toujours en cours de construction, le second, lui n’est pas encore sorti du sol. Ce n’est qu’un terrain vague plein de trous qui s’offre à nous. « La prochaine étape sont les fondations », tente de rassurer Mounir Mellouk précisant que la cadence de construction a été augmentée. A la vue de ce terrain vague, on ne peut que comprendre la frustration et le désespoir des clients. Pourtant, l’ami de Mohamed avait signé son compromis de vente en 2007 et avait versé un acompte de 30% sur les 350 000 dirhams, prix de l’appartement. D’après les prévisions du directeur technique, tous les appartements restants, y compris celui de l’ami de Mohamed, devraient être livrés, d’ici fin 2013, voire courant 2014.

Sit-in devant Addoha Paris maintenu

Du côté d’Acia, pas question de baisser la garde en 2013 car l’association n’a plus confiance dans les promesses du groupe. Le sit-in devant l’antenne Addoha à Paris est toujours maintenu. Il est prévu prochainement. L’association n’attend plus que le feu vert de la préfecture de Paris pour avoir une date précise. Le groupe, lui, déplore trop de pression de la part d’Acia qui l’empêche, dit-il, de poursuivre à bien les travaux. Un entretien est prévu d’ici la fin de cette semaine entre Acia et le directeur général du groupe Urbatlas durant lequel Mohammed el Halfa compte lui demander de leur fournir un plan de financement précis pour savoir comment et avec quel argent, le reste des appartements à livrer seront financés. Enfin, concernant l’action en justice, elle est également toujours d’actualité. Les avocats de l’association continuent de peaufiner le dossier.

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